Chaussure de Running Pronateur : faut-il en acheter ?

Dois-je acheter une chaussure de running pronateur, c’est-à-dire une chaussure qui « corrige » ou « stabilise » ma foulée ? C’est une question que se posent de nombreux coureurs. L’explosion du succès de la course à pied dans les années 1970 a entrainé de nombreuses révolutions dans les technologies employées dans la conception des chaussures de running. Notamment, les années 1990 ont vu l’arrivée massive sur le marché de chaussures dites « stabilisatrices » ou « motion control », destinées à corriger les foulées excessivement pronatrices. Mais ces modèles de chaussures de course sont-ils efficaces ? Est-il recommandé d’en acheter ?

Qu’est-ce que la pronation ?

Avant d’aller plus loin dans les explications sur les chaussures de running pour foulées pronatrices, il semble important de comprendre la notion de pronation. On a généralement tendance à distinguer les foulées des coureurs en 3 types de foulées :

  • Les foulées pronatrices : le coureur a tendance à avoir les pieds qui penchent vers l’intérieur.
  • Les foulées neutres : le coureur a tendance à poser le pied à plat au sol.
  • Les foulées supinatrices : le coureur a tendance à avoir les pieds qui penchent vers l’extérieur.

Il est possible d’évaluer son type de foulée en observant l’usure des semelles de ses chaussures, ou en allant pratiquer une analyse de foulée dans une boutique de chaussures de running ou chez un podologue.

Chaussure Running Pronateur : l'usure de la semelle des chaussures permet de mieux comprendre son type de foulée
L’usure de la semelle de ses chaussures de running permet de mieux comprendre sa foulée : neutre, excessivement pronatrice ou excessivement supinatrice

Cette division des coureurs en 3 types de foulées est néanmoins un peu caricaturale, car le pied a tendance à passer par les 3 phases lors d’une foulée de course à pied :

  • Attaque « supinatrice » : le coureur pose le pied au sol plutôt sur l’extérieur.
  • Déroulé « neutre » : le coureur déroule le pied plutôt à plat sur le sol.
  • Projection « pronatrice » : le coureur réalise la fin de la poussée et la projection avec le pied plutôt incliné vers l’intérieur.

Certains coureurs ont toutefois une foulée qui a une tendance excessive dans un sens ou dans l’autre : foulée excessivement pronatrice ou foulée excessivement supinatrice. La foulée excessivement pronatrice est bien plus courante que la foulée excessivement supinatrice.

Chaussure de Running Pronateur : un bref historique

Avec le succès grandissant de la course à pied, d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe, dans les années 1970, les médecins ont dû faire face à un nombre grandissant de blessures liées à la pratique. Ils se sont donc penchés sur les causes de ces blessures pour essayer d’y remédier. En 1978, le terme over-pronation (pronation excessive) a été introduit par le Dr. Stan James dans l’American Journal of Sports Medicine.

A partir de ce moment-là, le focus principal des marques de chaussures de course à pied a évolué. Avant préoccupées uniquement par les performances des chaussures qu’elles concevaient, elles sont devenues obsédées par la capacité de leurs chaussures à réduire les blessures liées à la pratique.

Les années 1990 ont connu l’arrivée en masse sur le marché de chaussures de running dites « stabilisatrices » ou « motion control » ou « pronateur », toutes destinées à empêcher le pied de pencher vers l’intérieur. A l’époque ces chaussures utilisaient toutes deux densités de mousse différentes pour leur semelle intermédiaire, avec une mousse plus dure sous la voûte plantaire pour limiter la possibilité pour le pied de pencher vers l’intérieur. Tous ces modèles de chaussures avaient pour vocation de contraindre la foulée, d’empêcher le pied de pencher vers l’intérieur pendant la phase d’appui au sol. Dans les années 90 le terme de « pronation » est vraiment devenu négativement connoté. Avoir une foulée « pronatrice » était devenu synonyme de blessures et de performances en retrait.

Chaussure de Running Pronateur : la Asics Gel Kayano est un modèle emblématique
La Asics Gel Kayano est un modèle emblématique de chaussure de running pronateur

Ce n’est qu’en 2002 qu’une étude a remis en cause cette idée. Après 35 années passées à travailler avec des coureurs, le Dr Paul Coffin a finalement montré que tous les coureurs avaient une foulée pronatrice jusqu’à un certain degré, car n’importe quel coureur a tendance à atterrir sur l’extérieur du pied, puis à dérouler son pied en repartant vers l’intérieur et à terminer son appui au sol avec le pied qui penche vers l’intérieur. Il a commencé à remettre en cause certaines des options stabilisatrices des chaussures de course à pied qui selon lui n’étaient que des arguments marketing, comme par exemple les éléments anti-pronation inclus dans les talons des chaussures (inutiles selon lui car le coureur pose le pied vers l’extérieur).

Chaussure de Running pronateur : où en est-on en 2020 ?

Les 10 dernières années ont vu des changements majeurs se produire dans le monde de la chaussure de running : alors qu’il y a 10 ans, 70-75% des coureurs utilisaient des chaussures de course à pied qui incluaient au moins quelques éléments stabilisateurs, nous sommes aujourd’hui arrivés à un stade ou 70-75% des coureurs utilise des chaussures de running neutres.

L’avènement du mouvement minimaliste peu après les années 2000, ainsi que les critiques émises par les médecins à l’encontre des modèles de chaussure de running pronateur de l’époque, ont poussé les marques à recentrer leurs développements sur des chaussures neutres, moins contraignantes pour le pied, favorisant une foulée plus naturelle.

Aujourd’hui, il existe toujours des modèles de chaussure de running pronateur, mais elles ne représentent plus la majorité des modèles vendus sur le marché, et les technologies employées ont très largement évolué. En effet, l’usage de mousses avec des densités différentes a aujourd’hui été largement remplacé par des inserts ou des rails en plastique ou autre matériaux composites, intégrés dans les semelles intermédiaires. Les chaussures de course « stabilisatrice » sont aujourd’hui un peu moins contraignantes pour la foulée du coureur. Ces modèles ne visent plus aujourd’hui à « corriger » votre foulée comme c’était le cas il y a 15-20 ans mais plutôt à améliorer le confort de course dans le cas d’une foulée ou la pronation excessive pose des problèmes.

On distingue aujourd’hui 3 catégories de chaussure de running pronateur :

  • Les chaussures « haute-stabilité » : semelle intermédiaire rigide et large, très fermes sous le milieu du pied, partie supérieure rigide (New Balance 1260, Adidas Supernova…)
  • Les chaussures « moyenne-stabilité » : fermes sous le milieu du pied, partie supérieure rigide, plus légères (Asics GT-2000, Brooks Transcend, Mizuno Wave Horizon…)
  • Les chaussures « stabilité-légères » : pas beaucoup plus stables que des chaussures neutres, fermes sous le milieu du pied, peu de plastique ajouté dans la semelle intermédiaire, légères (Brooks Ravena, Hoka One One Arahi, New Balance Fresh Foam Vongo, Nike Air Zoom Odyssey, Under Armour SpeedForm Europa…)

De quel type de chaussure ai-je besoin ?

Nous avons vu que la pronation n’est pas un problème en soit. Tous les coureurs ont le pied qui a tendance à partir plus ou moins vers l’intérieur, notamment sur la fin de l’appui au sol lors de la foulée. Pas question donc d’acheter des chaussures stabilisatrices juste parce qu’on a l’impression que ses chaussures de running actuelles sont un peu trop usées sur l’intérieur.

La règle est simple : si votre foulée ne vous fait pas souffrir et ne vous provoque pas de gêne, restez sur des chaussures neutres.

Chaussure Running Pronateur : une pronation ou supination excessive peuvent être la source de blessures
Une pronation ou une supination excessives peuvent causer des gênes ou des blessures chez le coureur

Si la pronation n’est pas un problème en général, une foulée excessivement pronatrice peut devenir problématique pour certains coureurs et provoquer des tendinites au tendon d’Achille, des périostites tibiales, un syndrome Iliotibial de friction de bande (ITBFS) ou encore un syndrome rotulien (syndrome fémoro-patellaire). Dans ce cas, avoir recours à une chaussure de running pronateur pour limiter l’impact de la foulée sur-pronatrice peut s’avérer un choix judicieux. Augmenter ou réduire le « drop » de vos chaussures peut également être une solution pour réduire des douleurs liées à la course. Pour mieux comprendre le drop, lisez notre article : Drop Chaussure de Running : qu’est-ce que c’est et pourquoi c’est important ?

Si vous ressentez aujourd’hui des douleurs ou des gênes dans les membres inférieurs lorsque vous courrez : tendon d’Achille, tibia, rotule, face extérieure de la cuisse… alors peut-être que des chaussures qui incluent des éléments stabilisateurs pourront vous soulager. Dans ce cas, je vous recommande de consulter d’abord un médecin : médecin du sport, podologue, en y allant avec vos baskets de course actuelles. Il saura vous aiguiller vers la solution la plus appropriée en fonction de vos douleurs : semelle orthopédique, augmenter le drop des chaussures ou ajouter des talonnettes, ou bien opter pour des chaussures stabilisatrices.

Comme toujours pour le choix des chaussures, le plus important est d’opter pour des chaussures dans lesquelles vous vous sentez bien : bon confort, pas d’ampoule et aucune douleur dans les membres inférieurs, même lors d’une pratique prolongée. Et il faut parfois tester plusieurs paires avant de trouver chaussure à son pied ! 😊

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